Quand j'ai lu le titre, je me suis dit, tiens, il y a là une erreur. Ça ne se peut pas. On ne peut pas associer des disciplines scolaires aux sexes. Pourtant, le titre était exact. Non seulement était-il exact, mais il renvoyait à une référence majeure : Freud!
En effet, ce serait le père de la psychanalyse qui a associé les mathématiques à la violence. Dans le livre Délire et rêves dans la Gradiva de Jensen, pp 165, Freud affirmerait que les mathématiques sont violentes. Un plus un égale deux. Pas de discussions interminables, pas d'autres options. Les mathématiques, et les sciences dites dures, sont tranchantes. Une seule réponse (on parle des mathématiques traditionnelles), pas d'autres possibilités pour résoudre un problème. Il faut que tout le monde arrive au même résultat. Pour reprendre le titre d'une chanson québécoise, « c'est ça qui est ça ». Point final.
Laurence, qui gère un très beau site internet, ajoute d'ailleurs cette anecdote significative à propos du texte de Freud : « Le passage est très drôle d'ailleurs. Freud se moque de Rousseau qui a cherché à fuir la sexualité par les maths, mais quand il s'est retrouvé avec des problèmes de cylindres, de sections, de corps qui se choquent, il s'est senti cerné et il a pris peur... »
Les mathématiques et les sciences dures ne laisseraient donc pas de place aux nuances, aux discussions, aux impressions. Même si cela est faux, reste la perception que l'école transmet de ces matières. Ce pourrait d'ailleurs être une des raisons qui ferait que les garçons sont davantage attirés par ces disciplines que les filles qui préféreraient, quant à elles, les langues, les arts, les sciences humaines, etc. Le côté draconien des mathématiques et des sciences serait-il l'aspect qui plairait aux garçons qui se retrouvent dans cet univers droit, rigide, où une loi ne se laisse pas interpréter comme une règle de grammaire avec ses multiples exceptions?
mardi 22 avril 2008
Les maths violentes?
Ce n'est qu'un jeu?
Première partie d'une série de cinq.
Ce n’est qu’un jeu! C’est la phrase la plus souvent utilisée par les participants à un jeu de rôle en ligne massivement multijoueurs. Peut-être parce que plusieurs joueurs deviennent complètement obnubilés par l’univers virtuel dans lequel ils évoluent qu’ils en viennent par oublier complètement la réalité au point de ne plus manger ni dormir. Quelques-uns doivent même consulter des professionnels de la santé mentale tellement les impacts de ces simples jeux peuvent ruiner leurs vies physique, psychologique et financière.
En jouant à Everquest, en l’espace de quelques mois, j’ai rencontré virtuellement une fille qui s’était faite violée réellement pendant trois jours et trois nuits par une bande de voyous de la banlieue parisienne, un jeune Marseillais qui s’automutilait et qui avait tenté trois fois de se suicider, une mère et un père découragés par les accès de folie de leur fils, une cinéaste québécoise qui se réfugiait dans le jeu virtuel pour échapper à sa triste réalité de chômeuse, un grand-père australien qui n’avait pas d’autres contacts avec ses petits-enfants qu’en jouant virtuellement avec eux, un jeune couple qui n’avait plus d’autres amis que les personnes avec lesquelles il jouait sur Internet, en plus de plusieurs dépressifs et quelques mythomanes qui se prenaient pour Dieu le Père.
Ce portrait sombre de quelques joueurs invétérés obscurcit pourtant d’autres aspects importants des jeux de rôle massivement multijoueurs qu’on peut facilement mettre à jour en expérimentant un classique du genre : Everquest.
Pourtant, ce n’est qu’un jeu. Vraiment?
J’ai joué à Everquest pendant près d’un an. J’avais trouvé ce jeu par hasard en solde à seulement neuf dollars dans un magasin de produits informatiques. Je n’avais jamais participé à un jeu en ligne massivement multijoueurs auparavant. Je ne savais pas ce que c’était. Je n’étais donc pas prévenu. Au début, je croyais même que les personnages que je côtoyais étaient des êtres numériques munis seulement de l’intelligence artificielle du jeu. Quelle fut ma stupéfaction lorsqu’un des personnages s’adressa directement à moi pour me demander des renseignements personnels!
Je ne le savais pas encore, mais on m’avait épié depuis un moment déjà. On observait ma manière de jouer et, surtout, ma façon d’écrire. Car Everquest, contrairement à d’autres jeux de rôle, n’est pas un jeu d’action proprement dit, mais plutôt un jeu de construction d’un personnage qui va finalement finir par nous ressembler, d’une façon ou de l’autre.
mercredi 20 février 2008
Cinéma et philosophie
Voici la liste de films que je suggère de voir à mes élèves selon la matière vue en classe. Dans le premier cours, le 103, je projette en classe Troie et une partie de La Matrice. Dans le 102, je fais voir Passions secrètes et une partie Des Temps modernes. Dans le dernier cours, Éthique et politique, je présente Orange mécanique. Les autres films de la liste ci-dessous sont seulement des suggestions. J'en parle à l'occasion pour donner des exemples aux élèves. Les points de repère sont alors plus faciles à trouver quand la majorité des étudiants ont vu le même film.
Par exemple, cette semaine je parle de Nietzsche en classe. Je vais donner des exemples du surhomme et de la volonté de puissance en faisant référence à des scènes de Citizen Kane, de L'Aviateur, de Apocalypse Now, de 2001 L'Odyssée de l'espace, de Fight club et d’Orange mécanique.
Films pour les cours de philo
Batman 1 et 2, films de Tim Burton (Sleepy Hollow, La Planète des singes, Édouard les mains d'argent, L’Étrange Noël de Mr Jack, etc.) sur la perception du bien et du mal. Inversions des concepts du bien et du mal. Éthique et politique
Soleil levant, l'apparence comme illusion de la vérité, ou le monde des apparences trompeuses. 103
300, de Zack Snyder. Bataille de spartiates à l'origine de l'identité grecque. 103
Troie, conflits entre les mythes, la religion et la raison. 103
Obsession, film sur le difficile pardon dans la société d'aujourd'hui. Avec Jack Nicholson incarnant un père vengeur qui demande finalement pardon à l'assassin de sa fille Éthique et politique
Orange mécanique film culte de Stanley Kubrick sur l'évolution de la morale dans la société et sur le difficile contrôle des pulsions humaines. Éthique et politique
La matrice I, film inspiré, entre autres, de la mythologie et de l'allégorie de la caverne de Platon. 103
L'île, sur le clonage et l'Allégorie de la caverne. 103
Sleepy Hollow, un film de Tim Burton, dans lequel on voit encore comment la normalité est mise à partie. Où il est beaucoup question de la vérité et des apparences et du conformisme comme forme de totalitarisme Éthique et politique. Une sorte de deuxième version de son film Edward Scissorhands.
Blade runner sur l’essence de l’être humain, la liberté et le déterminisme. 102
Crash, de David Cronenberg, où l'instinct de vie et de mort s'échangent la voie… 102
Fargo, film des frères Cohen sur le bien et le mal, la vie et la mort, et leurs fausses apparences.
Le Déclin de l’empire américain de Denys Arcand, sur la crise des valeurs de la société contemporaine Éthique et politique.
La vie de David Gale, d’Alan Parker, sur la vérité et l’apparence trompeuse. 103.
Le fils de l'homme sur les dangers qui menacent l'espèce humaine. Éthique et politique
C'est l'Apocalypse, de Francis Ford Coppola, inspiré librement d'un roman de Joseph Conrad, illustration de la philosophie de Nietzsche. 102
Cinéastes philosophes
Les films de Kubrick, des frères Cohen, de Martin Scorsese, de Tavernier, de David Lynch, de Quentin Tarantino, de Christopher Nolan, écrits par Andrew Niccol, de Michael Moore, de Lars von Trier, de Denys Arcand, de Woody Allen, de Francis Ford Coppola, etc.
D'autres films intéressants pour les cours de philosophie
Rapport Minoritaire
Intelligence artificielle
La liste Schindler
Simone
Bienvenue à Gattaca
Truman show
Memento
Insomnia
Harold et Maud
Big Fish
Dogville
Crash de Paul Haggis, sur le racisme
La Fille d’un million de dollars de Clint Eastwood sur l’euthanasie
Brokeback Mountain
La Constance du Jardinier
La Grande Bouffe
Crazy
Le Parrain
Les Femmes de Stepford
L’enfant sauvage
Tu ne tueras point
Le Prestige
Fight club
2001, L'Odyssée de l'espace
Babel
Avez-vous d'autres suggestions à me faire?
samedi 2 février 2008
Expérimenter l'enseignement théorique
D'abord, capter l'attention des élèves. Afin de présenter le doute méthodique de Descartes, je vais distribuer en classe quelques illusions d'optique. J'ai trouvé sur Internet des centaines et des centaines d'illusions en tout genre. Je vais également essayer de déstabiliser les élèves avec des illusions de perception, chaud-froid, lourd-léger, etc. Par la suite, je vais tenter de les étonner avec des hallucinations auditives.
En second lieu, je vais me transformer en mathématicien fou qui essaie de résoudre une équation impossible à résoudre. Le défi consistera à mélanger les élèves en suivant un raisonnement en apparence logique, mais qui aboutit à une erreur.
Dans un troisième temps, montrer que la mémoire est une faculté qui oublie. Actuellement, je cherche des jeux de mémoire à apporter en classe afin d'illustrer ce dernier élément du doute méthodique de Descartes. Quelqu'un a une idée?
Je vais également monter, en en faisant l'expérience en classe avec les élèves, comment notre volonté ne contrôle pas tout à fait notre corps. Jeux avec perte de contrôle de ses mouvements corporels.
Après toutes ces expérimentations, nous allons discuter du film Crash, de la Commission Bouchard-Taylor et de la nécessité de dépasser nos préjugés racistes avec l'aide de notre raison, si nous voulons vivre dans une société juste et équitable.
Le recours à la raison afin de résoudre toutes les difficultés rencontrées me permettra alors d'aborder de façon pratique la théorie rationaliste de Descartes. Il faudra éviter de présenter le célèbre cogito et les preuves de l'existence des choses matérielles de façon trop théorique.
La conclusion du cours devrait porter sur les limites de cette conception rationaliste de l'être humain en tirant de l'actualité des exemples de comportements tout à fait irrationalistes. Ce ne sera pas difficile à trouver. Finalement, parler de la nature sapiens-demens de l'être humain et discuter de la dimension Ubris de l'homme, comme l'appelait Edgar Morin, pour faire un lien avec le prochain cours qui portera sur Nietzsche.
Est-ce que l'être humain est essentiellement un être de raison qui contrôle parfaitement ses émotions? Ce sera l'interrogation finale qui devrait permettre de lancer le journal de bord des élèves.
jeudi 24 janvier 2008
Descartes, Nietzsche, Marx, Freud, Sartre, Skinner!
Tout un programme. Je dois préparer un cours de 45 heures sur les conceptions de l'être humain. En utilisant le merveilleux manuel de Jacques Cuerrier, j'ai choisi d'aborder des auteurs qui s'opposent et se complètent. Évidemment, on ne fait qu'effleurer les philosophes. C'est un premier contact pour la plupart de mes élèves. Mais, comme certains disent à la fin de mes cours, j'ouvre des portes. Aux élèves de passer le cadre de la porte pour aller plus loin dans les pièces immenses des philosophes qui ont marqué l'humanité, pour le meilleur et le pire. Cogito, surhomme, volonté de puissance, matérialisme dialectique, travail, lutte des classes, Inconscient, Moi, Surmoi, Ça, liberté et déterminisme. Ouf! Quel programme en 45 petites heures! Bon, je dois y aller : lire, écrire et inventer des exercices inusités pour surprendre mes futurs étudiants.
lundi 21 janvier 2008
La répétition dans l'enseignement
Le plus difficile dans le métier d'enseignant, c'est le recommencement, l'éternel retour du début de la session, de la mi-session et de la fin de session. Pendant plus de trente ans. « Tu vas voir, m'avait prévenu un vénérable professeur à mes débuts, le plus difficile à accepter dans le métier, c'est de voir ses élèves partir pour l'université, terminer leurs études, commencer une carrière et gravir les échelons dans la société, alors que toi, comme professeur, tu restes toujours à la même place. »
En effet, quand je vois mes collègues de naguère passer du métier de simple journaliste à reporter, à chroniqueur, à directeur des nouvelles, à éditorialiste et même à éditorialiste en chef, je me dis qu'ils ont progressé dans la vie. Plusieurs sont même devenus des vedettes de la télévision ou de la radio. Tandis qu'un professeur restera toujours un simple enseignant. Il aura toute sa vie les mêmes conditions de travail. Trente années devant plus de 150 élèves par semaine en enseignant presque toujours la même matière, il faut le faire!
Le professeur qui m'avait prévenu de ce danger de l'impression de stagner dans la vie m'avait également donné une clé : « renouvelle-toi dans ta façon d'enseigner, reste passionné par ta matière et suis l'évolution des jeunes ». Cette façon de voir l'enseignement permet de se renouveler dans son métier sans se faire dépasser par les événements. Évidemment, cela représente également un défi. Comment rester branché sur ce qui allume les jeunes d'aujourd'hui alors que l'on vieillit? Là réside une partie importante de l'art de l'enseignement. Continuer de s'étonner devant les nouveautés et les changements dans la société tout en continuant d'étonner les jeunes que l'on côtoie quotidiennement. Apprendre en enseignant. Cela prend de l'énergie, du courage et une bonne dose de modestie.
samedi 19 janvier 2008
L'«opinionnite»
Il y en a partout, sur toutes les tribunes. Des chroniqueurs à la pelle qui chroniquent sur tout et sur rien. Il y en a même qui chroniquent sur les chroniques. Comme moi en ce moment…
C'est la même chose avec les blogues. Les blogueurs pullulent. Dans tous les domaines, il y a des blogueurs qui donnent leur opinion. Sur tout et sur rien. Le règne de l'opinion l'a emporté sur celui de l'information.
Dans les quotidiens, c'est pareil. Combien y a-t-il de chroniqueurs à La Presse, au Journal de Montréal et au Devoir? Des dizaines, sans compter les pages forum et opinion. Tout le monde a son mot à dire. Les quinze minutes de gloire de Warhol se sont transformées en quinze lignes d'impressions.
En plus, il y a surenchère. Les opinions doivent être tranchées pour se démarquer. Trop de nuances nuisent à la diffusion et à la compréhension du message. Les professionnels de l'« opinionite » le savent et ils utilisent tous les trucs de leur métier de journaliste afin de trouver un créneau qui les caractérise. Leurs propos et leur style les rendent célèbres. Pas besoin d'être un expert dans un domaine pour semer à tout vent son fiel ou son humeur.
Platon, qui condamnait l'opinion, entre autres choses (et l'écriture, car il n'était pas à une contradiction près…), au profit du savoir et du discours de la raison, aurait mal au cœur aujourd'hui devant cette avalanche d'opinions. Comment se forger une idée cohérente, solide et personnelle sur les événements, si l'on nage dans les préjugés et le prémâché et si l'information sérieuse, scientifiquement vérifiable, est ensevelie sous une tonne d'opinions?
Je m'arrête sur ce questionnement, car je patauge moi-même en pleine contradiction en critiquant les faiseurs de leçons… Non?